PRIX QUINQUENNAL DU CERCLE NUMISMATIQUE
DU VAL DE SALM
SESSION 2024-2025
Cette session du prix quinquennal du Cercle numismatique du Val de Salm a suscité un intérêt équivalent à celui de la session
précédente. Pas moins de six études ont concouru pour le prix du Cercle et six articles pour le prix du Bulletin. Ces écrits sont en général de
haute valeur ajoutée et particulièrement instructifs sous différents aspects, des exemplaires quasi uniques sont présentés et commentés, des approches
analytiques latérales et novatrices nous fournissent un éclairage nouveau, modulant et complétant les identifications antérieures voire corrigeant
des erreurs d’attributions tant dans le domaine des monnaies que dans celui des médailles. Après analyses et débats au sein du jury, l’Assemblée
Générale de mars 2025 a approuvé le palmarès suivant.
Prix du Cercle Numismatique du Val de Salm - Palmarès et résumés
Premier prix : attribué à M. Jean-Albert CHEVILLON pour son étude intitulée « Le premier chalque de la Marseille grecque et ses implications ». Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Résumé : C’est dans une épave d’époque hellénistique coulée au large de la Tour Fondue (presqu’île de Giens, Var) dans la première partie du IIIe s. av. n. è., que fut découvert un petit ensemble d’une vingtaine de monnaies en bronze au taureau « sacrifié », avec comme légende, MA ou MAS au-dessus, toutes identiques. Or, malgré un faciès massaliète indiscutable, ces spécimens « frappés » et « anciens », de très bon style, se distinguent par divers aspects des séries habituelles. En y adjoignant les exemplaires issus des fouilles d’Olbia, ceux présents dans le sud-est de l’Angleterre et d’autres de diverses provenances, nous mettons définitivement en lumière ce premier chalque émis par la cité grecque de Massalia. Nous proposons d’associer sa frappe avec celle de la drachme dite « lourde » et de ses divisions, au sein du premier système bimétallique « complexe » de la Marseille grecque initié vers les années 275. Cette série est à considérer comme le prototype des premières monnaies « coulées » en Provence et en région parisienne ainsi que des premières émissions de Grande-Bretagne, les potins produits dans le Kent par les Cantii : les « Kentish Primary Series » ou « Thurrock type ». Un peu plus tard, ces imitations de première génération serviront de modèle, sous des formes plus schématisées, à de nombreuses autres séries de potins « au taureau, sans le MA » largement présentes en Gaule mais également au « flat linear potin coinage » du Kent. Enfin, certains de ces chalques massaliètes ayant été frappés par des coins à empreintes multiples, nous ouvrons pour la première fois la perspective que cette technique, venue de Grèce, ait pénétré en Gaule par le biais de Massalia.
Second prix : attribué à Mme Isabelle LERQUET pour son travail intitulé « La fabrique monétaire (1181 à 1346) de la forteresse de Montreuil-Bonnin, atelier des comtes de Poitou et des rois de France. » Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Résumé : Si l’emplacement de l’atelier monétaire de Montreuil-Bonnin est bien connu des archéologues par les restes de creusets retrouvés, l’étude proposée retrace l’histoire de cet atelier au travers de sa production monétaire sur base de traces et indices fruit de recherches à la fois historiques, documentaires et numismatiques. L’histoire de cet atelier commence par sa création sous Richard Cœur de Lion, comte de Poitiers puis roi d’Angleterre. L’étude évoque et situe le monnayage produit en cet atelier attenant au château et qui fut repris par le roi de France Philippe Auguste. Ce dernier concéda l’atelier à Hugues X de Lusignan entre 1230 et 1242. En 1242, Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX, occupa le château et utilisa l’atelier à son compte jusqu’à sa mort en 1272. À partir de cette date et jusqu’à sa destruction en 1346, l’atelier monétaire bat monnaie pour les rois de France (Philippe III le Hardi, Philippe IV le Bel, Louis X le Hutin, Philippe V le Long, Charles IV le Bel, Philippe VI de Valois). Abondamment illustrée par des exemples de monnaies et ce malgré l’absence de marques d’atelier, cette étude traduit bien que la monnaie est le reflet de l’Histoire. Les aspects analytiques et interprétatifs avancés complètent et illustrent, voire valident, les données récoltées par les fouilles archéologiques. À souligner que les annexes constituent un véritable outil à disposition des numismates et historiens.
Mentions spéciales du jury, par ordre alphabétique :
Pour le travail de recherches de M. Guillaume CHASSANITE intitulé « Achille Hamel, trajectoire d’un graveur en médailles oublié. » Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Résumé : L’étude poursuit un triple objectif : établir – ou plutôt rétablir – l’identité d’un graveur en médailles, restituer sa biographie et proposer un inventaire chronologique de ses œuvres métalliques, et ce en exploitant les archives d’état civil de ce Rouennais de naissance (1820), des documents officiels d’époque des extraits de journaux tant de la presse locale que régionale, de bulletins et revues de sociétés savantes. Ainsi la véritable identité de ce médailleur est rétablie, à savoir Achille HAMEL et non pas Adolphe Emile Hamel comme par trop souvent rapporté par les sites internet. L’origine de cette méprise n’est pas clairement identifiée quoique certaines en abréviations de signature sur différentes médailles puissent en être l’indicateur. Ce propriétaire d’une entreprise de gravure, essentiellement sur papier, déploie son talent de graveur de médailles d’abord à Rouen puis à Paris. Le fait d’être membre de plusieurs sociétés savantes rouennaises, d’entreprises financières d’assurances ou encore d’entités publiques lui prodigue un éventail de possibilités d’asseoir son talent de graveur sur métal voire de l’étendre aux médailles commémorant des événements à l’échelle nationale. Les détails à la fois civils et professionnels, la biographie d’A. Hamel sont redéfinis. L’aspect numismatique de cette biographie est entériné par un inventaire, avec illustrations, des médailles attribuées à ce graveur erronément nommé.
Pour le travail de recherches de M. Jean-Yves Lefèvre intitulé « Quand la numismatique raconte l’histoire : le Schleswig – Holstein un problème germano-danois. » Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Résumé : Ce travail a comme objectif de faire connaître, l’histoire d’un évènement qui est peu connu en France et en Belgique, la rivalité des mondes danois et germanique pour la possession de « deux régions » de l’Allemagne septentrionale et jouxtant le Danemark. Cette rivalité va commencer dès la fin de l’Antiquité et va durer jusqu’à celle de la première moitié du XXe siècle. Elle sera émaillée de nombreuses guerres dont deux guerres au XIXe siècle et par la réalisation d’un plébiscite après la Première Guerre mondiale. Cette rivalité, si elle concerne principalement le Danemark et l’Allemagne, va à partir du XIXe siècle impliquer les grandes puissances de l’époque et être en partie réglée par le Traité de Versailles.
Une première partie présente, succinctement, la géographie physique et économique du Schleswig-Holstein autour des années 1848-1864.
La seconde partie rappelle l’histoire de cette rivalité avec quatre grandes sous-parties, à savoir : l’Antiquité et le Moyen-Âge, le XIXe siècle, le plébiscite de 1920 et après le plébiscite.
Pour illustrer ces différentes parties, plusieurs types de documents seront utilisés dont : des billets de nécessité (notgeld), des monnaies, des cartes et des copies des traités.
Pour l’approfondissement de sa thèse de doctorat M. Luc Severs le travail intitulé « Les monnaies celtiques et romaines du vicus de Geminiacum-Liberchies. Aspects quantitatifs et contextuels. » Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Résumé : Ce volumineux document reprend l’état des connaissances voire des controverses au sujet des monnaies retrouvées sur le très grand site gallo-romain situé sur le territoire de la commune de Liberchies (Hainaut belge). Une première partie est constituée d’un collationnement résumé des « connaissances » sur les types monétaires trouvés sur cet imposant site en les resituant par rapport aux monnaies identiques provenant d’autres sites de fouilles afin de tenter une datation d’occupation (et par qui) plus précise, notamment par des considérations plus analytiques telles que les répartitions spatiales, les aspects contextuels et de circulation monétaires, les imitations et les faux. La seconde partie, novatrice et complétant la thèse originale, reprend le classement chronologique et géographique (endroits précis de découvertes) ce qui fournit un éclairage plus précis sur les types et genres d’occupations des différents endroits des zones de fouilles archéologiques. Des considérations comparatives avec d’autres sites, associées à des projections statistiques et sur les degrés d’usure complètent les informations. Ce recadrage archéologique constitue pour le numismate certes un apport positif et certainement sur l’Histoire de notre pays.
Pour le travail de recherches de M. Frédéric THIRY intitulé « Les billets de nécessité en France et en Belgique occupées (1914-1918) - Eclaircissements grâce aux affiches d’époque de la région de Roubaix et Valenciennes et aux bulletins du Conseil municipal de la ville de Roubaix. » Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Résumé : Cette étude va au-delà des ouvrages inventaires des billets de nécessité, domaine particulier voire méconnu de la numismatique. Après un rappel des différents types de billets de nécessité et palliatives, différents documents d’époque sont analysés et interprétés notamment par une mise en parallèle entre affiches d’informations tant à la population qu’à l’occupant, avec les documents officiels communaux. Cette approche novatrice éclaire le lecteur, spécialiste ou non, sur les circonstances et multiples contraintes liées aux émissions de billets de nécessité durant la Première Guerre Mondiale en France et en Belgique. Par cette approche bien illustrée, on comprend d’une part comment les autorités civiles ont tenté de répondre aux exigences de la situation et pourquoi, en parallèle, les occupants ont imposé leurs règles, notamment en imposant des regroupements de communes et un style graphique commun à une région pour les émissions françaises. D’autre part, la non acceptation par la population a forcé les maires non seulement à en imposer l’usage mais aussi à en interdire la thésaurisation à l’origine de la multiplication des émissions.
Prix du Bulletin du Cercle numismatique du Val de Salm - Palmarès et résumés
Les articles paraîtront dans leur intégralité dans le Bulletin du Cercle.
Récompensant les deux meilleurs articles individuels :
Premier prix, attribué à M. SCHIESSER Philippe pour son article intitulé « Faut-il attribuer des deniers mérovingiens à St Martin d'Utrecht et St Bavon de Gand ? »
Une série de deniers mérovingiens porte au droit ; un grand S accosté de deux lettres plus petites et au revers ; un grand monogramme AM ayant les extrémités qui remontent en forme de W. La carte de répartition des trouvailles montre clairement une attribution à l’Austrasie. L’attribution à Saint-Martin est traditionnelle mais incertaine. Le W pouvant faire référence à Willibrord, l’attribution à Saint-Martin d’Utrecht est proposée malgré une concentration des trouvailles dans le Limbourg tant belge que néerlandais. Une origine austrasienne est renforcée par un denier unique proche portant sur une de ses faces CAHD permettant de l’attribuer à GANDensis, Gand.
Second prix, attribué à M. CLERC Antoine pour son article intitulé « Les monnaies du sultan Saïd de la Grande Comore. »
Un travail de recherches très fouillé sur des monnaies peu connues et peu courantes qui néanmoins ressortissent indirectement au patrimoine numismatique français fin du XIXe siècle. Les recherches ont le grand mérite non seulement d’identifier complètement les trois monnaies émises sous Saïd Ali, d’en donner leur genèse détaillée mais également de corriger les erreurs de présentation et de description répercutées par la maison de vente.
Mention spéciale du jury à M. THERET Philippe, pour son article intitulé : « Visite du roi et de la reine des Français et du roi et de la reine des Belges à la Monnaie de Paris le 8 novembre 1833 »
Le 8 novembre 1833 le roi Louis-Philippe accompagné de la reine, de leurs enfants mais également du roi et de la reine des Belges ont inauguré le Musée de la Monnaie de Paris, dont le souvenir est gravé dans trois médailles dont deux frappées le jour même de la visite avant qu’une retouche des coins ne s’avère nécessaire, ce qui occasionna le remplacement des médailles initiales, refusé par le roi Léopold Ier. La genèse de ces médailles, les complications administratives et techniques, les endroits de frappes et les graveurs sont portés à la connaissance des numismates grâce à l’étude de documents inexploités à ce jour. Cet article démontre la puissance informationnelle apportée par l’étude des archives « papier » couplée à celle des archives « métalliques » dont notamment les outils (poinçons, matrices…).
Ont également concouru sans démérité pour le prix :
M. COURTOIS Denis, pour son article intitulé : «1914-1922 - la monnaie métallique de nécessité - l'histoire d'une mise en œuvre par les villes en France »
Les périodes de guerre sont souvent des périodes de pénurie monétaire et la guerre de 1914-18 n'a pas échappé à ce phénomène notamment pour la petite monnaie en France. Cet article, devant l’ampleur de la réponse donnée à la résolution du problème de pénurie, se concentre sur l'émission de monnaies métalliques par des autorités publiques (autres que les chambres de commerce) qui ont ou auraient du prendre en compte toutes les règlementations ou les dérogations accordées par le pouvoir central quant au monopole d'émission de la monnaie.
M. DECROLY André, pour son article intitulé : « Réattribution à Jean d’Avesnes de l’énigmatique baudekin hybride « Marguerite de Constantinople / Baudouin d’Avesnes ».
La récente découverte d’un second exemplaire de l’énigmatique hybride frappé à partir des coins de revers des baudekins de Marguerite de Constantinople [1244-1280] et de Baudouin d’Avesnes [1246-1289], ne présentant aucune liaison de coin avec l’unique exemplaire déjà connu, change radicalement le regard porté jusqu’ici sur cet artéfact énigmatique et mène à une hypothèse probable - bien que non définitivement démontrée - qui aurait paru étonnante (voire saugrenue) hier encore : celle d’une frappe officielle de Jean d’Avesnes [1280-1304].
M. LAVAL Philippe, pour son article intitulé : « Témoins numismatiques du partage du pouvoir à Rome. »
Par quelques exemples, cet article offre l’avantage de montrer que le partage du pouvoir était bel et bien organisé, voulu et officialisé dans le métal monétaire. Texte d’initiation destiné à des débutants ; il invite à une approche du monnayage romain.
PALMARES DE LA SESSION 2019 – 2020
Récompensant les deux meilleures études individuelles :
Premier prix : attribué à Monsieur Guillaume CHASSANITE pour son travail intitulé « La Semeuse, genèse d’une icône. Une œuvre vue par le prisme de la presse du 19e siècle ».
Résumé : La Semeuse est une des figures emblématiques de la numismatique française, une des plus connues et des plus populaires. Son succès immédiat, et véritablement massif interpelle l’auteur qui aborde sa genèse non seulement sous la loupe de la presse d’époque, mais également sous celui de l'iconographie numismatique existante dans le contexte socio-politique troublé de la IIIème République naissante. Pas moins d’une cinquantaine d’articles issus de trente et un organes de presse, couvrant la période d’avant-projet à celle de la production, entre février 1897 et décembre de la même année, étayent la réflexion d’où émane en filigrane l’influence de cette situation sur la conception du projet. Le texte en version PDF est accessible au téléchargement en cliquant ici.
Second prix : attribué à Monsieur Bruno TEXIER pour son travail intitulé « La crise de la monnaie, l’histoire des jetons-monnaie, billets et bons de nécessité d’Aunis et Saintonge (Charente-Maritime) 1790-1926 ».
Résumé : Une vaste étude, abondamment illustrée, sur les diverses émissions à caractère et vocation monétaires depuis la Révolution jusqu’à nos jours dans des entités situées en Charente-Maritime. Tous les documents qu’ils soient métalliques ou de papier sont tour à tour examinés dans leur contexte historique. Ce document est disponible en libre accès dans sa version intégrale en s’adressant à l’Association des collectionneurs de jetons-monnaie. http://www.acjm.fr/ ou chez l’auteur btexier@earthlink.net.
Mention spéciale du jury pour l’étude de Monsieur Serge GUSATTO pour son travail sur « Les monnaies d’Auxonne » accessible dans sa version intégrale en s’adressant http://www.auxonne.org ou chez l’auteur napovillers@gmail.com .